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Principes et repères

La définition du plaidoyer selon Handicap International
Différents types de plaidoyer
Quelle position pour Handicap International ?
Études de cas

La définition du plaidoyer selon Handicap International

Selon la définition interne de Handicap International, le plaidoyer « s’efforce de promouvoir un environnement politique favorable à l’amélioration des conditions de vie et à l’exercice des droits de nos publics bénéficiaires »1. Le plaidoyer est donc une « action collaborative qui a pour but d’influencer les politiques, les textes ou les réglementations et les normes institutionnelles et gouvernementales pour une meilleure efficacité de l’aide, et une amélioration significative des conditions de vie et du bien-être des groupes et des populations cibles grâce à l’association dans le cadre de son mandat »2. Cette définition est une définition interne qui a pour but de délimiter le périmètre du travail de plaidoyer directement mis en place par la Fédération Handicap International ; elle ne s’oppose pas à une plus large compréhension et utilisation du plaidoyer au niveau des programmes, et cette définition interne ne restreint pas l’éventail d’activités entreprises avec (et encore moins celles qui sont entreprises par) les partenaires. Le plaidoyer est souvent la composante d’une plus large stratégie visant à promouvoir le changement social.

Différents types de plaidoyer

Depuis sa création en 1982, Handicap International s’est directement engagée dans le plaidoyer en mettant l’accent sur les campagnes pour interdire les mines et plus tard les armes à sous-munitions. Au début des années 2000, Handicap International a mis en place des actions spécifiques visant à encourager les organisations représentant les personnes handicapées à s’engager dans la promotion de leurs droits, et à influencer et changer les environnements complexes des pays en développement dans lesquels elles vivent. Au niveau international, Handicap International a encouragé les OPH des pays en développement à prendre part au processus de rédaction du texte de la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH), et grâce à cette collaboration, a contribué à ce que ce document historique reflète non seulement les droits de l’Homme mais qu’il revête aussi une perspective de développement. Handicap International s’implique dans un travail de plaidoyer aux côtés de ses partenaires OPH pour assurer la participation pleine et entière des personnes handicapées dans des sociétés qui soient réellement inclusives. L’application de ce traité essentiel des droits de l’Homme a donné un nouvel élan à ce travail. Dans ce domaine, cela se traduit par une variété de travaux de plaidoyer, menés dans le cadre d'un projet ou d'un programme, favorisant une prise en compte transversale dans tous les secteurs d'intervention, par exemple : intégrer le handicap dans les projets VIH/SIDA, garantir que les programmes d'intervention d’urgence soient inclusifs et accessibles aux personnes handicapées, etc.

Ce travail important pour la promotion du développement inclusif des personnes handicapées (en application de l’ensemble de la CDPH, y compris à travers des actions de coopération internationale comme le rappelle l’article 32) est un travail collaboratif entrepris avec un large éventail d’acteurs, dans une intention délibérée d’engager et de responsabiliser les détenteurs des droits eux-mêmes à travers ces processus. Ceci est illustré par le rôle joué par les ‘Ban Advocates’ dans la campagne pour l’interdiction des mines, ou celui des OPH dans le plaidoyer pour la ratification et la mise en œuvre de la CDPH. Au niveau international, Handicap International a également contribué à la mise en place et aux actions de IDDC (Consortium international sur le handicap et le développement)3, aujourd’hui l’une des alliances les plus importantes pour  promouvoir l’agenda d’une coopération internationale inclusive et accessible aux personnes handicapées : « Le but de l’IDDC est de promouvoir le développement inclusif au niveau international, en mettant l’accent sur la promotion de la jouissance pleine et effective des droits de l’Homme par toutes les personnes handicapées issues de communautés économiquement pauvres et vivant dans les pays à faibles et moyens revenus. » Parmi les récents exemples du travail collaboratif avec IDDC, le réseau a influencé les résolutions du Conseil des Droits de l’Homme sur le « Rôle de la coopération internationale à l’appui des efforts déployés au niveau national pour la réalisation des droits des personnes handicapées » 4, et sur les « Droits des personnes handicapées : participation à la vie politique et à la vie publique ». IDDC est aussi engagé dans le plaidoyer pour la préparation de cadres mondiaux du développement après les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) de 2015 qui soient inclusifs de la question du handicap. Un autre exemple encore est l’influence des acteurs de l’aide bilatérale, notamment la Commission Européenne, afin qu’ils développent et mettent en œuvre des stratégies pertinentes en vue d’intégrer le handicap à leur agenda.

Quelle position pour Handicap International ?

Dans tous ces exemples, le rôle et la position de Handicap International diffèrent, compte tenu de la nature différente de chaque situation : alors que l’association a joué un rôle essentiel dans la mise en lumière de la question des mines antipersonnel et a acquis une légitimité particulière à agir au premier plan dans ce domaine, son action avec les OPH a été plutôt d’ordre technique, en renforçant les organisations représentant les personnes handicapées pour qu’elles conduisent le plaidoyer. La position de Handicap International est donc celle de conseiller, de facilitateur, d’organisateur, de soutien financier ou de partenaire / collaborateur.

Indépendamment de la situation, lorsqu’elle soutient le plaidoyer des OPH, Handicap International attache une attention particulière à s’assurer que le plaidoyer :

La deuxième partie de ce guide propose une explication plus approfondie de la méthodologie ‘Making it Work’ initiée par Handicap International, pour accélérer la mise en œuvre de la CDPH grâce à un plaidoyer basé sur des données probantes. Elle illustre comment ces principes sont mis en œuvre à travers la méthodologie ‘Making it Work’.

Pour plus d’informations sur la position de Handicap International concernant l’appui aux OPH partenaires dans le cadre d’un plaidoyer en faveur des droits des personnes handicapées, nous renvoyons les lecteurs au document cadre « Appui aux Organisations Représentatives des Personnes Handicapées »6 de Handicap International, et en particulier aux parties « Pourquoi soutenir les OPH »7 , et « Promouvoir les actions visant à changer les attitudes, les politiques et les pratiques»8.

L’objectif principal du plaidoyer est de susciter un changement. La combinaison de contenus, méthodes, alliances, stratégies ou calendriers nécessaires à la réussite des actions est différente selon chaque contexte et situation. C’est pourquoi Handicap International ne promeut pas une méthode unique. Au contraire, ce guide préconise un éventail large de différents outils et méthodes qui devront toujours être adaptés au contexte afin d’obtenir l’impact le plus significatif.

Études de cas

Les trois études de cas ci-dessous fournissent quelques exemples d’une large variété d’actions de plaidoyer dans lesquelles Handicap International s’est engagée (avec un focus sur des contextes de développement). La première, au niveau international, illustre en particulier la valeur ajoutée de construire une alliance et l’importance centrale de la participation des détenteurs de droits en tant que « plaidants » (acteurs principaux du plaidoyer). La seconde étude, au niveau national en Tunisie, montre comment un changement de paradigme sur le handicap peut être initié avec des résultats concrets en termes d’accès au vote, en accompagnant les personnes handicapées à se mobiliser et à utiliser les opportunités fournies par les réformes politiques. La troisième étude, au niveau local, montre comment un engagement pluri-acteurs et un plaidoyer constructif basé sur une analyse de la situation locale peuvent être efficaces dans la prise en compte de la participation des personnes handicapées dans la vie communautaire.

Étude de cas 1

L’importance de la construction d’une alliance pour le plaidoyer : le Comité International sur le handicap

IDC (Comité International sur le handicap) est un réseau d’organisations internationales, régionales et nationales de personnes handicapées et d’organisations non gouvernementales qui a pris forme durant les négociations de la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH). Lors du processus de négociation, IDC s’est élargie à plus de 100 organisations d’OPH et d’ONG originaires à la fois des pays du Sud et du Nord, qui ont allié leurs forces et instauré dans les négociations une voix de la société civile plus audible.9 Handicap International a été un membre actif d’IDC, et a appuyé le groupe en tant que Secrétaire durant le processus de négociation. La stratégie d’IDC utilisée durant le processus de négociation pour mener à bien des actions de plaidoyer était d’utiliser une seule voix au nom d’IDC durant les sessions de la société civile, afin de garantir une unité et une seule représentation parmi un vaste groupe. Plutôt que des organisations de la société civile individuelles menant des actions de plaidoyer pour leur propre compte, les membres d’IDC ont travaillé sans relâche pour parvenir à un consensus sur leurs propositions d’amendement au Texte de Travail de la Convention, et pour veiller à ce que IDC représente la diversité des enjeux et des priorités mis en avant par leurs membres. La construction d’alliances, le travail collaboratif, les compromis et l’utilisation d’une approche « trans-incapacités » ont représenté un énorme effort. Tout au long des séances de travail d’IDC, une approche « trans-incapacités » et multiculturelle a été adoptée : les militants ayant une incapacité auditive ont plaidé pour les personnes ayant des incapacités physiques, tandis que les militants ayant une incapacité visuelle se sont battus pour les personnes ayant des incapacités psycho-sociales. Malgré les difficultés pressenties de travailler avec un groupe aussi diversifié, en adoptant cette approche « trans-incapacités », les membres d’IDC ont été capables d’être solidaires, ce qui a contribué à sa reconnaissance par les États Parties lors du processus de négociation.

Enfin, IDC a énormément contribué à la compréhension des questions de droits de l’Homme du point de vue des personnes handicapées. Ceci est reflété dans le Texte de la Convention, qui est fortement axé sur les droits des personnes handicapées, du point de vue des personnes handicapées. La société civile s’est alliée pour rester aussi proche que possible du draft d’origine. Les amendements au Texte de Travail10 suggérés par IDC fournissent une source intarissable pour comprendre la question des droits de l’Homme dans le contexte du handicap, et comprendre certaines controverses et certains compromis de dernière minute qui ont surgi au cours de la négociation11.

Étude de cas 2

Un changement fondamental de paradigme sur le handicap : « La nouvelle Tunisie ne se construira pas sans nous », Vers la pleine participation des personnes handicapées dans la transition démocratique tunisienne

Après le départ de l’ancien Président Ben Ali le 14 janvier 2011, des mouvements de droits civiques et citoyens sont nés dans de nouveaux espaces sociaux et politiques qui ont été créés dans la dynamique du processus de transition démocratique en Tunisie. Afin de faire entendre leurs voix dans ce processus de plaidoyer pour les droits des personnes handicapées en Tunisie, Handicap International a soutenu un nouveau collectif d’organisations de personnes handicapées : l’OTDDPH (Organisation Tunisienne de Défense des Droits des Personnes Handicapées). La question clé tout au long du projet était le développement des capacités à travers divers types de formation : théorique, pratique, accompagnement au démarrage et suivi. L’OTDDPH n’est pas elle-même un fournisseur de services, ce qui lui a conféré une grande crédibilité dans la mise en œuvre d’actions de plaidoyer pour les droits des personnes handicapées. Le principal objectif était d’intégrer le handicap dans l’agenda politique des autorités décisionnelles, pour faire en sorte que la question soit considérée comme une composante clé du nouveau cadre constitutionnel. Un autre défi était de garantir la participation des personnes handicapées dans le processus électoral en cours, en facilitant leur inscription sur les listes électorales et en leur garantissant l’accessibilité aux bureaux de vote (accessibilité physique et accès à l’information).

Considérer le handicap comme faisant partie intégrante des droits de l’Homme est tout nouveau en Tunisie, puisque cela signifie un changement fondamental de paradigme sur le handicap. Aborder la question du handicap en intégrant la notion de dignité et de droits a été très apprécié. Cette façon d’agir contraste avec les approches plus traditionnelles qui voient les personnes handicapées comme des personnes demandant aide et charité. Par exemple, présenter une nouvelle vision du handicap attentive à l’environnement a capté l’attention de l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante pour les Élections), qui a remplacé le Ministère de l’Intérieur après la révolution dans l’organisation des élections pour l’Assemblée Constituante Tunisienne en Octobre 2011.

La publication de « La Tunisie nouvelle ne se fera pas sans nous. Vers la pleine participation des personnes handicapées à la transition démocratique tunisienne12 » résume les expériences et les leçons apprises durant le processus de réflexion collective concernant les rôles et les responsabilités des personnes handicapées dans la société tunisienne.

Étude de cas 3

L’engagement de plusieurs acteurs au niveau communautaire : Insertion de personnes handicapées dans le Comité Villageois de Développement de Mission-Tové au Togo13

« Mission-Tové est un canton de la Préfecture de Zio, situé à environ 30 km au Nord Ouest de Lomé. Avec une population d’environ 15 000 habitants, le canton compte six villages et a à sa tête un Chef de Canton, autorité traditionnelle nommée qui gère toutes les affaires locales. Ce chef est aidé dans sa mission par un Comité Villageois de Développement (CVD). Dans ce canton, les personnes handicapées étaient souvent objet de discrimination et de marginalisation. Parfois elles étaient considérées comme des « vodous » et « Tohossou », et, de ce fait, cachées par leurs familles. C’est dans ce contexte d’exclusion qu’en 2001, à Lomé, à l’occasion des Jeux de l’Avenir des Personnes Handicapées d’Afrique Francophone (JAPHAF), le Directeur de l’Association des Parents et Amis des Personnes Encéphalopathes (APAPE), une organisation de personnes handicapées de la Préfecture de Zio, a connu le Groupement de personnes handicapées « Mawuko » de Mission-Tové. Cette rencontre a marqué le début de l’intervention de différents acteurs spécialisés dans le secteur du handicap dans le Canton de Mission-Tové. En 2003, une tournée de sensibilisation, effectuée à Mission-Tové par l’APAPE, a révélé que les droits des personnes handicapées étaient bafoués et que ces personnes n’étaient pas considérées par la population. Un vaste programme de sensibilisation et de renforcement de capacités du Groupement Mawuko a été développé et mis en œuvre jusqu’en 2007. En 2008, sur proposition de l’APAPE, un diagnostic local participatif sur la situation des personnes handicapées à Mission-Tové a été conduit par une ONGI14, en collaboration avec le groupement local de personnes handicapées. Ce diagnostic avait pour objectif d’identifier les principaux problèmes vécus par les personnes handicapées et de définir des pistes d’actions prioritaires pour les résoudre. Le processus de diagnostic, finalisé en novembre 2008, a abouti à l’élaboration d’un Plan d’Action Villageois inclusif de trois ans. Dans le souci de promouvoir les personnes en situation de handicap dans la localité, le bureau du Comité Villageois de Développement (CVD) a été renouvelé et rendu inclusif suite à un processus électoral. Ainsi, sur les neuf membres que compte le bureau, deux personnes en situation de handicap ont été élues aux postes de Vice-Président et de Secrétaire Général. Une forte présence de personnes handicapées (neuf personnes) a été assurée également dans les commissions Santé, Éducation, Protection sociale, Environnement et Culture et Solidarité ».

Cette pratique a été possible grâce à l’intervention de l’APAPE, en particulier grâce à ses activités de sensibilisation entre 2003 et 2007. Le diagnostic local, entrepris avec la participation de tous les acteurs de la zone, a conduit à la conception d'un plan d'action inclusif. Le dialogue ouvert et positif avec les autorités locales a démontré que la participation des personnes handicapées était nécessaire dans les affaires du village. La détermination des personnes handicapées à prouver leur capacité de contribuer au développement communautaire a certainement accéléré le processus. 

Les difficultés principales étaient la réticence initiale du chef de canton et l'indifférence de la population. La sensibilisation effectuée par l'APAPE et la Fédération togolaise des OPH (FETAPH) a aidé à surmonter ces difficultés. Les personnes handicapées ont été directement impliquées dans le développement du nouveau Plan d'Action du Comité Villageois de Développement à Mission-Tové. En 2009, des rampes et des toilettes accessibles ont été construites. Ceci a eu un impact significatif sur les enfants handicapés et toute la communauté. Le Comité Villageois de Développement prévoit, entre autres, l'accessibilité physique de toutes les écoles d’ici 2011. Les membres du Comité Villageois de Développement disent qu’ils ont acquis davantage de connaissances et ont une plus grande sensibilité sur les thèmes liés au handicap : « Nous n’avions jamais pris en considération tout ceci auparavant, à cause de notre manque d'expertise sur les besoins des personnes handicapées. »


Togo, 2006 : Réunion des membres de l’OPH « Monde Radieux »
Copyright: Stefanie Ziegler / Handicap International

1. Handicap International, Principes d’Intervention, 7.2

2. Handicap International, Référentiel de plaidoyer, Lyon, 2013, p. 2

3. http://www.iddcconsortium.net/who-we-are : « ICCD (Consortium international sur le handicap et le développement) est un consortium international de 26 ONG spécialisées dans les domaines du handicap et du développement, de grandes ONG de développement et d’OPH qui soutiennent le handicap et le travail de développement dans plus de 100 pays du monde. »
5. Une attention particulière doit être portée ici aux niveaux et à la qualité de la représentation pour assurer un plaidoyer plus fort, transparent et efficace.

6. Handicap International, Appui aux Organisations Représentatives des Personnes Handicapées, Document cadre, Lyon, Juillet 2011.
http://www.hiproweb.org/uploads/tx_hidrtdocs/AppuiAuxOPH.pdf

7. Ibidem, p. 19                                                                                                                                            

8. Ibidem, p. 50

9. Marianne Schulze, Comprendre la Convention des Nations Unies relatives aux droits des personnes handicapées, Handicap International, 2010, p. 7
http://www.hiproweb.org/uploads/tx_hidrtdocs/ComprendreLaCDPH.pdf

11. Marianne Schulze, Comprendre la Convention des Nations Unies relatives aux droits des personnes handicapées, Handicap International, 2010, p. 7

13. « Les Droits en Actions. Bonnes pratiques pour une gouvernance locale inclusive en Afrique de l’Ouest. Étude de cas II », p. 92-93 (Projet DECISIPH de Handicap International) : http://www.proadiph.org/IMG/pdf/decisiph_rapport.pdf

14. Organisation Non Gouvernementale Internationale.