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Le développement inclusif

Principes du développement inclusif des personnes handicapées

Comment définir le développement inclusif ?
Les principes clés du développement inclusif des personnes handicapées
Mettre en œuvre le développement inclusif : une double approche
Le développement inclusif : l’importance des alliances

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Messages clés

Comment définir le développement inclusif ?

Le développement inclusif consiste à s’assurer que tous les groupes marginalisés ou exclus sont parties prenantes dans les processus de développement. Le PNUD rappelle que de nombreux groupes sont exclus du développement en raison de leur genre, ethnicité, âge, orientation sexuelle, handicap ou pauvreté. Les effets d'une telle exclusion sont l'accentuation des inégalités à travers le monde. Le développement ne pourra réduire réellement la pauvreté que si tous les groupes contribuent à la création d'opportunités, partagent les bénéfices du développement et participent à la prise de décision1. Le but du développement inclusif est de réaliser une société inclusive, capable de s’adapter aux différences et de valoriser la diversité.

Le développement inclusif des personnes handicapées, tel que défini par IDDC2, consiste à « s’assurer que toutes les phases du cycle de développement (élaboration, mise en œuvre, suivi et évaluation) incluent la dimension du handicap et que les personnes handicapées participent réellement et de manière significative aux processus et politiques de développement.

Le développement inclusif implique aussi une approche basée sur les droits de l’homme, fondée sur les standards internationaux des droits de l’homme et visant la promotion et la protection des droits de l’homme.

En d’autres termes, le développement inclusif :

L’inclusion est à la fois un objectif et un processus.

Les principes clés du développement inclusif des personnes handicapées

Le développement inclusif repose sur trois principes clés : la participation, la non-discrimination et l’accessibilité4.

La participation est essentielle pour garantir la pertinence et la pérennité de toute action de développement. L’implication active des personnes handicapées est d’autant plus importante pour dépasser l’isolement et l’invisibilité dont elles font l’objet. Dépasser les barrières, en particulier les barrières sociales, n’est possible que s’il existe un effort proactif pour les inclure. Ceci requiert des actions positives et la mise en œuvre d’aménagements raisonnables.

La Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH) contient une obligation de « consult[er ] étroitement et [faire] activement participer les personnes handicapées, y compris les enfants handicapés, par l’intermédiaire des organisations qui les représentent (…)dans l’élaboration et la mise en œuvre des lois et des politiques adoptées aux fins de l’application de la présente Convention, ainsi que dans l’adoption de toute décision sur des questions relatives aux personnes handicapées (CDPH, article 4.3). L’exigence de participation est également reflétée dans la référence au développement inclusif qui mentionne le « partenariat avec les organisations internationales et régionales compétentes et la société civile, en particulier les organisations de personnes handicapées (CDPH, article 32)5. »

La non-discrimination est liée au concept d’égalité des opportunités. Il s’agit d’assurer à tous une chance égale d’accéder à une opportunité, en prenant en considération que les individus n’ont pas le même point de départ. Mettre en œuvre un développement inclusif, c’est donc faire en sorte qu’aucune action ne contribue à créer de nouvelles barrières : un projet d’éducation incluant la construction d’écoles non accessibles, dont la pédagogie ne serait pas adaptée ou le personnel non formé à accueillir des enfants handicapés crée de la discrimination et viole l’article 32 de la CDPH.

Une implication essentielle de la non-discrimination est la prise en compte de l’accessibilité. L’accessibilité doit « permettre aux personnes handicapées de vivre de façon indépendante et de participer pleinement à tous les aspects de la vie ». La CDPH oblige les États Parties à prendre « des mesures appropriées pour leur assurer, sur la base de l’égalité avec les autres, l’accès à l’environnement physique, aux transports, à l’information et à la communication, y compris aux systèmes et technologies de l’information et de la communication, et aux autres équipements et services ouverts ou fournis au public, tant dans les zones urbaines que rurales » (CDPH, article 9).

Le développement inclusif implique donc que l’on prenne en considération les besoins du plus grand nombre, par exemple en utilisant les principes du Dessin Universel6, et que des aménagements raisonnables7 c’est-à-dire que les modifications nécessaires soient réalisées pour permettre aux individus de participer sur une base d’égalité avec les autres. L’expérience de Handicap International dans des contextes difficiles a montré que de nombreuses “petites” actions peuvent faire beaucoup pour faciliter la participation des personnes handicapées (par ex: décision de mettre la classe dans laquelle se trouve un enfant handicapé au rez-de-chaussée de l’école).

Mettre en œuvre le développement inclusif : une double approche

Afin de mettre en œuvre un développement inclusif de manière efficace, une double approche est nécessaire. Empruntée au mouvement de promotion de la question du genre, elle consiste à associer deux volets de manière concomitante :


Légende: ce schéma représente les deux composantes ou volet de la double approche expliquée ci-dessus8.

L’intégration ou prise en compte transversale et intégrée du handicap (‘disability mainstreaming’) est un processus similaire à l’intégration des questions de genre, dont la définition peut être adaptée comme suit :

"L'intégration des questions de handicap consiste à évaluer les implications pour les personnes handicapées de toute action planifiée, y compris la législation, les politiques et programmes dans tous les domaines et à tous les niveaux. C’est une stratégie qui vise à intégrer les préoccupations et les expériences des personnes handicapées à la conception, à la mise en œuvre, au suivi et à l'évaluation des procédures et des programmes dans toutes les sphères politiques, économiques et sociétales pour qu'elles en bénéficient de manière égale et que l'inégalité actuelle ne soit pas perpétuée. Le but ultime de l’intégration du handicap est d’atteindre l’égalité pour les personnes handicapées"9.
Il s’agit donc de faire en sorte que les actions de développement ‘ordinaires’ ne visant pas spécifiquement les personnes handicapées leur bénéficient également.

Par ailleurs, il est essentiel que ces actions puissent être complétées par des initiatives visant spécifiquement les personnes handicapées, afin de leur permettre d’obtenir le soutien nécessaire à une participation égale.

Les actions spécifiques doivent être motivées par un même but d’inclusion des personnes handicapées. Ainsi, il est important qu’elles :

 

Exemples Prise en compte transversale et intégrée du handicap (‘disability mainstreaming’) Actions spécifiques envers les personnes handicapées

Inclusif

  • Consultation des organisations représentatives des personnes handicapées lors de l’élaboration d’un plan de développement local
  • Dans le cadre d’un projet d’éducation, construction d’écoles accessibles à tous, selon les principes du Dessin Universel
  • Organisation systématique des réunions et ateliers d’un projet dans des lieux accessibles, mettant à disposition les moyens nécessaires pour la participation de tous
  • Intégration de questions sur le handicap dans une évaluation rapide visant à mettre en place une réponse à une crise humanitaire
  • Renforcement des capacités des organisations de personnes handicapées pour promouvoir leurs droits
  • Formation en Langue des Signes
  • Développement de services de réadaptation fonctionnelle adoptant une approche centrée sur la personne et permettant d’améliorer les capacités fonctionnelle des personnes handicapées
  • Programmes d’éducation spécialisée répondant aux besoins d’enfants ayant un handicap sévère et incluant des activités avec d’autres enfants

Non inclusif

  • Elaboration d’un plan local de développement sans consultation des représentants des personnes handicapées vivant dans la localité concernée
  • Dans le cadre d’un projet d’éducation, construction d’un bâtiment scolaire séparé pour accueillir les enfants handicapés
  • Référencement systématique des personnes handicapées vers des ateliers protégés comme solution unique d’accès à l’emploi
  • Programme d’institutionnalisation des personnes handicapées dans une structure spécialisée et isolée du reste de la société

Il est important de combattre l’idée reçue selon laquelle la prise en compte transversale du handicap rendrait inutile les actions spécifiques en direction des personnes handicapées. L’expérience montre que ces deux approches ne s’opposent pas mais doivent être utilisées de manière complémentaire et concomitante.

Points de vigilance !
Les leçons tirées de l’expérience sur la promotion de la prise en compte du genre invitent à faire attention à une instrumentalisation ou une altération de la prise en compte transversale du handicap.

Le développement inclusif : l’importance des alliances

Le développement inclusif dépasse la seule question du handicap. S’il est important de comprendre les spécificités permettant une prise en compte efficace du handicap dans le développement, celles-ci s’inscrivent dans une stratégie globale de réduction des inégalités et de considération de la diversité. Il est notamment important de prendre en compte les multiples appartenances et identités d’une personne (parfois appelé ‘intersectionnalité’), par exemple : le mouvement des femmes doit reconnaître qu’il existe en son sein des femmes handicapées ayant des perspectives spécifiques ; de même le mouvement des personnes handicapées doit prendre en compte et reconnaître qu’il existe en son sein des femmes handicapées et se soucier de prendre en compte la question du genre.

Par ailleurs, les personnes handicapées elles-mêmes ne sont pas un groupe homogène et ne doivent pas être traitées comme telles. La diversité des identités et appartenance recouvre ainsi le genre, le type de handicap, mais aussi l’âge, la classe sociale, etc. Dans le respect de la diversité, des alliances peuvent être établies entre différents groupes : « parce que l’inclusion concerne tous les membres d’une société, à tous les niveaux, la collaboration et le travail en réseau sont des stratégies fondamentales pour atteindre l’inclusion »12.

2. International Disability and Development Consortium (IDDC) – see: http://www.iddcconsortium.net/joomla/

3. IDDC Submission to Firth Ad Hoc Committee preparing the text of the UNCRPD: http://www.un.org/esa/socdev/enable/rights/ahc5docs/ahc5iddc.doc

4. Selon les organisations, on retrouvera différentes formulations de ces principes clés du développement inclusif, mais qui reprennent tous ces notions importantes : la Banque Mondiale utilise par exemple les mots d’insertion, d’équité et d’accès.  

5. Idem.

6. « Le Dessin Universel est la conception de produits et d’environnement utilisables par tous, au mieux des possibilités existantes, sans besoin d’adaptation ou de design spécialisé. L’intention du Dessin Universel est de simplifier la vie de tous en réalisant des produits, des communications et un cadre bâti plus utilisable par le plus grand nombre à un coût minimum ou sans surcoût. Le Dessin Universel bénéficie aux personnes de tous âges et de toutes capacités », définition de Ron Mace, Center for Universal Design, NC State University, North Carolina, 1997.

7. Voir la définition d’aménagement raisonnable dans la partie focus- CDPH

8. Voir DfID, Disability, Poverty and Development, Feb, 2000, page 11.

9. Adapté de la définition de l’intégration du genre par le Conseil Economique et Social des Nations Unies (ECOSOC), juillet 1997.

10. Adapté de STAKES, UN p.113

11. Adapté de Claudy Vouhé, « Pense-Genre » : pour une gestion axée sur les résultats sensible aux inégalités entre les hommes et les femmes », UNFPA, 2010